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École complète #2 : pour une éducation complète



L’école a différents buts et il faut à mon avis à la fois avoir en tête d’où elle vient, ce qu’elle est aujourd’hui et ce qu’on peut en faire. Pas la peine de revenir sur son histoire entière, celle-ci changeant d’ailleurs selon les pays, mais gardons en tête qu’elle était une exception pendant la majorité de l’histoire de l’humanité. Longtemps réservée aux plus riches, ceux qui n’avaient pas besoin d’envoyer leurs enfants travailler pour faire vivre la famille, elle ne s’est généralisée qu’au moment où les sociétés ont pris conscience de l’importance de retarder l’entrée des personnes dans le monde du travail, dans l’univers de ceux qui contribuent immédiatement aux revenus du foyer, aux revenus du pays. Ce n’est que lorsque les sociétés ont décidé que l’enfance n’était pas une période qui devaient être volée aux enfants en les traitant comme de simples travailleurs, que l’école a commencé à être pour tout le monde. Cela a coïncidé avec l’amélioration de la technique et l’exportation des travaux les plus pénibles vers d’autres pays, libérant ainsi du labeur les enfants de certains pays, leur permettant alors de pouvoir aller à l’école. Et puis, on a petit à petit compris qu’une société se porte mieux si toute sa population développe son intelligence mentale plutôt que si seulement l’élite le fait. À la place de “développe son intelligence mentale”, la plupart aurait écrit “si toute sa population est éduquée” car c’est, depuis, à cela qu’a souvent été réduit l’éducation, à l’intelligence mentale.


Et puis, lorsqu’en généralisant l’école à tous, on s’est aperçu qu’il fallait quand même que tout le monde ne devienne pas l’élite, comme celle-ci avait été perpétuée entre autres grâce à l’école pendant des millénaires, on a mis dans l’école des voies pour se destiner à occuper les emplois qui ne nécessitent pas, ou que peu, d’intelligence mentale. Après tout, une société intelligente, c’était bien utile, mais il fallait quand même des ouvriers d’usine, des employés des services et de simples exécutants… Alors on a notamment eu l’illusion que puisque ces métiers ne nécessitent que peu d’intelligence mentale, ce n’était pas la peine d’en pourvoir les élèves qui s’y destineraient (ou y seraient destinés). L’intelligence mentale ayant été réservée jusqu’alors à l’élite, les métiers n’en n’ayant pas besoin sont donc resté moins valorisés, que ses travailleurs soient allés à l’école ou pas. En France, nous avons donc une école obligatoire jusqu’à 16 ans, avec des voies de rejets dès le collège où envoyer les “mauvais élèves” qui n’ont fait qu’échouer dans le système scolaire depuis le début ou à un moment, et qui resteront bêtes, tant pis, pourvu qu’ils soient utiles à la société. Ainsi, selon le système scolaire français et de tant d’autres pays, personne n’a le droit de devenir coiffeur s’il est “intelligent” (mentalement), ni ouvrier d’usine ou agriculteur.


Et pourtant ! Des coiffeurs intelligents mentalement sont bien plus intéressants pour la société, et surtout des coiffeurs qui voulaient l’être parce que ça leur plaisait et non parce qu’on leur a dit que c’était le seul métier disponible pour eux. Et pourtant ! Des agriculteurs, il nous en faut beaucoup plus, alors il est grand temps de valoriser le métier, même auprès des gens qui peuvent faire des grandes études en je ne sais trop quoi de plus ou moins ennuyeux pour eux mais qui rapporte plus d’argent et fait davantage la fierté de la famille pour la simple raison que le système scolaire a dit que c’était mieux.


Il est donc grand temps de considérer l’éducation d’une manière bien plus globale, bien plus complète. De conférer aux individus qui vont à l’école une éducation qui porte non seulement sur l’intelligence mentale (les intelligences mentales, en fait), mais aussi sur l’intelligence corporelle, manuelle, émotionnelle, spirituelle, et bien davantage. Nous ne sommes pas des têtes qui marchent ! Mais bien des êtres à part entière, qui ont un corps à part entière, tout un système émotionnel, des aptitudes cérébrales oui, mais aussi bien d’autres. Et je suis moi, et vous êtes vous. Une éducation qui attend de tous qu’ils se développent dans la même direction et qui considère donc ceux qui ne le font pas des ratés n’a que peu de valeur. À l’échelle d’une société, mieux vaut un ensemble d’individus qui se complètent les uns les autres qu’un ensemble d’individus qui savent et font tous la même chose (surtout que dans ce deuxième cas la majorité ne se plait pas particulièrement dans cette vocation imposée). Une école se doit donc d’aider les individus qu’elle reçoit à grandir, à se développer, à se construire, chacun selon ses propres forces, selon ses propres envies, selon ses propres aspirations et idées.


Enfin, l’école n’est pas une préparation au monde, elle fait partie du monde ! En France et dans de nombreux autres pays, nous sommes tombés dans le piège de cette préparation constante, avec en plus une série d’examens tout au long de la scolarité qui ont pris une telle importante dans la réussite ou l’échec des élèves que les enseignants se sentent obligés de se contenter de préparer leurs élèves à ces examens. Ainsi, l’école maternelle qui comme son nom l’indique devrait être un espace maternel, donc encore parental, familial, est devenu une préparation à l’école élémentaire, qui elle même, alors que son nom donne l’idée qu’elle donne les éléments (du monde, de la vie, de la société…) est devenue une préparation au collège, qui est devenu une préparation au brevet puis au lycée, qui est devenu une préparation au baccalauréat et aux études supérieures, qui sont devenues une préparation aux examens de ces mêmes études supérieures, ou tout au mieux une préparation à la vie professionnelle, qui semble elle-même parfois être une simple préparation à la retraite, qui pour certains n’est qu’une préparation à la mort ! Quelle vie !


Non, l’école ne doit pas être une préparation au futur, elle doit être le présent, parce qu’elle est le présent des gens qui y sont. Ainsi, elle doit être emplie des joies de la vie et de ses autres émotions, elle doit être ancrée dans le monde alentour, dans les saisons, dans les événements locaux, dans les enjeux qui affectent la vie des élèves à leur échelle, elle doit donner les clés pour comprendre et agir maintenant, pas dans 20 ans. Aussi, elle doit donc être pertinente et émaner au moins en partie des intérêts des élèves, ou en tout cas s’y relier.


Baptiste Delvallé

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