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École complète #5 : des êtres physiques



L’école a trop souvent considéré que nous étions des cerveaux avec des corps. Tout au mieux, le corps sera l’affaire de la récrée et des quelques heures de cours de sport. Et pourtant, c’est tout au long de la journée qu’on a besoin de bouger ! L’obligation de s’asseoir pour les élèves, sur des chaises uniformisées, alors même que les enseignants, eux, n’ont certainement pas envie d’en faire autant, est un des exemples d’oubli de considération du physique. Et puis, sortir à la récrée pour se dégourdir n’est qu’un répit léger si la cour de récréation n’est qu’un carré de goudron.


Une cour de récréation vide de tout sauf d’un revêtement au sol, si possible laid, a le mérite de stimuler l’imagination des enfants… mais on reste dans le mental.


De simples changements permettent déjà de remédier à ce dynamisme :

  • Une cour de récréation avec des structures de jeux, des arbres sur lesquels grimper, différentes surfaces au sol, et au moins des objets mis à disposition pour stimuler la motricité des élèves : ballons, échasses, plots, cerceaux, cordes, échelles, tremplins… Ceci est plus courant en maternelle (bien que pas toujours le cas), mais ce doit être le cas en primaire aussi : le besoin de développer son physique et sa motricité ne s’arrête pas à 6 ans !

  • Au collège et au lycée, il est nécessaire de créer des espaces qui encouragent la motricité autre que les terrains de sport. Bravo aux collèges et lycées qui laissent les élèves utiliser le terrain de basket, foot, etc. pendant la récréation, mais tout le monde n’aime pas jouer au ballon. Il est grand temps de mettre aussi des murs d’escalade (bas pour ne pas avoir besoin d’équipement), des vélos, rollers, skates et autres (ou au moins de laisser les élèves utiliser les leurs dans un espace dédié), des parcours d’obstacles, des trampolines, et pourquoi pas les mêmes structures que celles des écoles maternelles adaptées à la taille des ados et à leurs intérêts.

  • Autoriser les élèves en classe à se lever pour s’étirer, pour se dégourdir les jambes… Et apprendre tous ensemble à le faire d’une façon compatible avec la présence d’autres personnes (le plus silencieusement possible lorsque le calme est nécessaire, en laissant la vue de ce qu’il y a à voir dégagée…)

  • Offrir différentes options d’assises et de lieux de travail aux élèves et aux enseignants : chaises et bureaux, bureaux où travailler debout, poufs et coussins pour travailler au sol, ballons de yoga et table, canapé…

  • Et surtout, pousser les enseignants à organiser leurs cours de sorte à ce que le mouvement soit naturellement intégré dedans. En fait, si on doit penser dur à comment faire bouger les gens pendant ses cours, c’est que les cours ne sont peut-être pas très participatifs. Un cours qui implique réellement les élèves, qui les fait passer à l’action vis-à-vis des enseignements, permettra naturellement aux élèves de bouger par ci par là : par exemple, une fois les attentes expliquées, on se lève pour se retrouver en petits groupes, ou on part faire des recherches à la bibliothèque ou dans une autre pièce, on bouge d’une tâche à l’autre… Même des petits mouvements tout au long de la journée remédient à la sédentarité et reconnaissent aux élèves la nécessité de prêter attention à la partie physique de leur être.



Enfin, notons que les personnes qui sont à l’école sont des êtres en pleine évolution physique et l’école se doit de les accompagner dans cette évolution. Beaucoup d’adultes passent leur carrière entière à l’école, c’est-à-dire une quarantaine d’années, soit pour beaucoup presque la moitié de leur vie ! L’école doit donc tenir compte du vieillissement des corps, d’une part, et d’autre part du bien-être corporel du personnel qui y travaille. Une école trop sombre, trop bruyante, trop proche d’une source de pollution, ou elle-même pleine de pollutions en tous genre (par les peintures et revêtements, par la génération de pollutions électromagnétiques, par un éclairage artificiel agressif, par les feutres utilisés au tableau, par les produits d’entretien utilisés…) a donc besoin de changements. Il faut penser à tout comme si on créait un cocon de bien-être à l’école, et c’est l’affaire de toutes les personnes présentes ou en lien avec elle de s’y atteler, puisque tous en profiteront.


Quant aux élèves, ils bénéficierons eux-aussi d’être dans un cocon de bien-être, et il faut en plus tenir compte du fait qu’ils sont des humains qui grandissent ! L’école se doit donc de les accompagner dans leur développement moteur, certes, mais aussi dans l’acceptation de leur corps et dans l’utilisation responsable de celui-ci. Il me semble donc évident que pour l’école soit complète, elle doit contenir une éducation à la santé (y compris sexuelle), à une bonne alimentation, à une vie remplie de mouvements. L’école complète insiste aussi sur le fait que chaque corps appartient à chacun. L’enseignement du consentement (sexuel pour les âges qui amèneront une éducation sexuelle, mais aussi dans tous les autres domaines) doit donc être au programme, comme le respect du corps des autres et du sien. Selon moi, l’école doit enseigner la confiance en soi, et cela passe aussi par un corps sain et aimé par la personne qui l’habite. Enfin, l’école complète doit accompagner les élèves, émotionnellement entre autres, dans les changements qu’ils vivent tout au long de leur enfance et au moment de la puberté.


On pourra me rétorquer au paragraphe ci-dessus que tout cela est déjà le cas dans les écoles en France. On me dira qu’il y a des cours d’EPS, que les cantines font l’effort de servir du bio, que les cours de biologie parlent de la puberté, qu’il y a une séance d’éducation sexuelle au collège et une autre au lycée, et des moyens de contraceptions disponibles à l’infirmerie. Tout cela est très bien et c’est un début. Et visiblement, notre société s’en sort beaucoup mieux que bien d’autres au niveau physique puisque les français sont généralement en bien meilleure santé que la plupart des autres habitants de la planète et ont généralement des enfants sans être surpris d’en avoir conçus. Félicitons-nous pour cela ! Toutefois, les français ont aussi souvent une mauvaise image de leur corps, mangent de moins en moins bien, et ont souvent peu confiance en eux (au niveau physique comme à d’autres niveaux).


Pour être complète, l’école doit donc aller plus loin ! Concernant l’alimentation, l’école complète doit, à mon goût, impliquer depuis le plus jeune âge les enfants dans la préparation des repas. Lorsque les enfants sont impliqués, ils sont bien plus susceptibles de vouloir goûter les ingrédients qui les rebutent et de prendre plaisir à manger même des plats qu’ils n’auraient même pas goûtés sans avoir aidé à les cuisiner. Les jeunes enfants, surtout, ont souvent envie d’aider à cuisiner, et il faut saisir cette occasion qui développera leur motricité fine et tant d’autres aptitudes (mathématiques, d’observation, scientifiques…) en plus de leur apprendre à bien manger.


Pour ce faire, à l’école IA, nous allions installer une “cuisine observable” dans la classe de maternelle. Séparée du reste de l’espace, empêchant les enfants de s’y rendre sans y avoir été invités, la cuisine observable faisaient pourtant partie intégrante de la salle de classe. Pendant qu’un adulte cuisine, les enfants peuvent ainsi l’observer, sentir les odeurs, entendre les sons. L’adulte peut alors inviter les élèves à venir l’aider, un par un ou par petit groupes, selon la taille de la cuisine. Ceci est bien faisable dans un cadre légal du respect des règles sanitaires d’une cuisine en collectivité : il suffit d’appliquer les mêmes règles que si les enfants ne pouvaient pas y participer : marche vers l’avant, charlottes sur les cheveux, tabliers, etc., et d’appliquer ces règles aux élèves qui cuisinent aussi.


Pour que la cuisine observable aient un intérêt, il faut qu’au moins une partie du processus de préparation des repas soient fait pendant le moment de jeu libre à l’intérieur des enfants (pour ce qui est de la maternelle). Cela permet aux enfants de pouvoir s’y intéresser, et ainsi cela ne crée pas de distraction pendant les moments pendant lesquels on demande de l’attention aux élèves. Pour que cela soit fait de manière naturelle, et si l’équipe encadrante est suffisamment grande, ça peut donc être un membre de l’équipe habituellement en classe avec les élèves qui se charge de la cuisine, et il peut y avoir une rotation pour que tous les membres de l’équipe aient leur tour. Cela permet qu’il n’y ait pas d’agitation dans la cuisine pendant les moments où l’attention de tout le groupe devraient être ailleurs, et aussi que les enfants se sentent à l’aise pour interagir avec la personne qui cuisine. Si l’équipe encadrante n’est pas suffisamment grande, il est alors essentiel d’intégrer à l’équipe pensée par les élèves le personnel de cuisine : celui-ci aura la même valeur aux yeux des élèves, qui seront alors tout aussi excités d’apprendre de sa part que de la part du professeur.


Impliquer les élèves dans la cuisine, au moins par la possibilité de l’observer, me semble primordial en maternelle, qui correspond à des âges pendant lesquels les enfants explorent et organisent leur compréhension du monde et des tâches quotidiennes directement autour d’eux. En maternelle et depuis la naissance, les enfants sont surtout dans une compréhension des procédés qui amènent à un résultat. Par exemple, quand je fais tomber quelque-chose de fragile (procédé), ça casse (résultat) ; ou quand je mélange de la farine et de l’eau (procédé), ça devient une pâte (résultat), ou encore quand on mélange du rouge et du bleu (procédé), on obtient du violet (résultat). Particulièrement en maternelle, il faut donc s’assurer que le plus de procédés possibles soient visibles des enfants ou même qu’ils en fassent l’expérience, afin de leur assurer une compréhension la plus complète possible du monde qui les entoure.


Pour ce qui est des élèves d’élémentaire, puis de collège et de lycée, si avoir des cuisines observables dans toutes les salles de classe peut devenir difficile, rien n’empêche qu’elle soit observable au moins depuis la cour de récréation. Puis un roulement d’élèves peut être organisé pour que tous fassent partie de ceux qui cuisinent au moins à un moment donné. Et pourquoi se limiter au élèves ? Tous les adultes de l’école peuvent aussi avoir leur tour pour eux aussi rester en lien avec la nourriture qui leur est servie.


Enfin, la nourriture est un excellent point de départ pour étendre la compréhension du procédé dans son ensemble. Cela est l’opportunité parfaite pour des projets et des sorties trans-disciplinaires qui amèneront les membres de l’école à créer un potager d’école, à avoir des poules à l’école*, à aller visiter les fermes d’où provient la nourriture utilisée, la cuisine centrale s’il y en a une, et toutes la chaîne d’approvisionnement. Voilà des projets qui seront connectés à la réalité, au monde extérieur à l’école, tout en étant en lien avec les sciences, l’histoire, les maths, la géographie, l’économie, la sociologie, et en somme toutes les matières scolaires. Et revenons au côté physique : ces projets, ces sorties, permettrons que les élèves mettent les mains dans la terre au potager ou à la ferme, portent des sacs de graines, de paille, développent leur dextérité…


Vous l’avez compris, j’ai pris l’exemple de la nourriture car je pense que c’est une opportunité en or qui s’offre à tous (dans des conditions variables), qui est toujours pertinente (nous mangeons tous) et qui intéresse tout le monde. Le physique comme tout le reste s’y rattachent naturellement. Mais l’essentiel, que ce soit par le biais de l’alimentation comme du reste de la vie à l’école**, est que le plus d’opportunités soient saisies pour permettre aux personnes de développer le côté physique de leur être, et d’autres aspects de leur être en même temps.


* Pour utiliser les œufs des poules, c’est plus compliqué toutefois, car il faudra les mêmes agréments qu’un agriculteur, ce qui est difficile, même si avec des idées c’est possible. Sans cela, les poules sont quand même autorisées à l’école, mais sans avoir le droit de consommer les œufs – œufs qui peuvent toutefois être donnés aux familles ! Les fruits et légumes n’ont pas tous ces interdits. Renseignez-vous auprès des services concernés à la préfecture pour avoir les règlementations précises et mises à jour.


** Notez bien “de la vie” et “qui se trouve être à l’école pendant toute une partie de la journée, pendant toute une partie de l’année”



Baptiste Delvallé

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