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École complète #6 : des êtres manuels



Nous sommes aussi des êtres manuels, c’est-à-dire que nous sommes faits pour créer avec nos mains. Ainsi, les écoles prennent déjà en compte un aspect manuel très répandu : celui de l’écriture à la main (et même de taper à l’ordinateur). Toutefois, nos mains ne servent pas qu’à tenir des stylos et à taper sur des claviers. Associée aux autres aspects de notre être (spirituel donc créatif, mental donc physico-logique et mathématique, émotionnel), nos mains sont là pour faire de l’art, faire des gestes qui se traduisent en dessins, en danses, en mimes, pour assembler et manipuler des objets pour construire, sculpter, bricoler, réparer… Parmi toutes ces possibilités manuelles, l’école classique n’a retenu que l’art plastique, généralement à raison d’une petite heure par semaine et un peu plus pour les enseignants du primaire qui aiment ça. De nos jours, l’école classique n’enseigne pas aux enfants à réparer les objets du quotidien, à construire des objets simples utiles et inutiles, à se construire une cabane, un radeau, à faire des nœuds (autres que ceux des chaussures), de la couture, du tricot, à manipuler des couteaux, des outils pour réparer son vélo, un moteur ou quoi que ce soit d’autres. Et l’école classique n’est pas la seule à oublier tous ces aspects manuels de l’humain : les familles, souvent mal équipées dans ces domaines, n’opèrent pas cette transmission non plus. Résultat, nous avons une société composée principalement de gens incapables de se débrouiller dans le monde qui les entourent. Et comme nous le savons bien, c’est bien moins motivant d’apprendre toutes ces compétences à l’âge adulte que pendant l’enfance et l’adolescence.


Selon moi, l’école doit équilibrer l’offre éducative et d’épanouissement que les élèves reçoivent au sein de leur famille. Ce que les familles ne font pas (ou plus), que ce soit par ignorance, manque de motivation, de temps, ou pour toute autre raison, doit se retrouver à l’école s’il est bénéfique pour l’épanouissement de la société et/ou de l’élève. L’école complète inclut donc un enseignement manuel en premier en impliquant les élèves dans l’installation, l’entretien et l’amélioration du campus de l’école. Lorsque les enfants construisent eux-même la cabane de la cour de récréation, peignent eux-même le mur de la classe qui doit être repeint, font le ménage, réparent le vase qui vient de tomber, changent l’ampoule qui vient de griller, resserrent la poignée de porte, cousent des vêtements pour les poupées de la classe de maternelle ou les rideaux de la fenêtre… ils s’approprient les lieux de vie que représentent l’école et les traitent avec beaucoup plus de respect, et surtout ils apprennent les rudiments des aptitudes manuelles nécessaires à la vie de tous les jours. Pour que tout cela fonctionne, il est évidemment utile que les adultes encadrant les enfants aient eux-même des aptitudes manuelles et qu’ils acceptent de s’impliquer dans ces tâches, sans attendre qu’un technicien quelconque s’en charge. Il est donc essentiel de recruter du personnel qui s’inscrit dans cette démarche et/ou de convaincre le personnel déjà recruté d’y adhérer.


Et nul besoin que les adultes encadrant sachent tout faire ! Le plus important est d’apporter les aptitudes qu’on a déjà et de se mettre dans une posture d’apprentissage devant les élèves : si l’enseignant ne sait pas faire d’ourlets pour que les rideaux ne traînent pas par terre, il pourra alors demander à un autre adulte de l’école ou à un parent de venir lui apprendre à lui et aux élèves. Lorsque l’enseignant se met dans cette posture, il valorise l’apprentissage tout au long de la vie, booste les élèves en leur montrant que les adultes ne savent pas tout, et modélise la bonne habitude d’apprendre à faire lorsqu’on ne sait pas faire. Et ce qui est encore mieux, c’est quand les adultes encadrants ne savent pas faire mais que certains élèves savent faire : ces élèves peuvent alors enseigner à l’enseignant comment faire, valorisant les savoir-faire de tous et la complémentarité des individus.


Comme pour la cuisine, qui fait d’ailleurs partie du manuel aussi, le mieux est de saisir les opportunités de la vie quotidienne qui se présentent au groupe tout au long de l’année. Et en plus de cela, pourquoi ne pas choisir plusieurs compétences manuelles à enseigner au sein de l’école sans attendre que les opportunités se présentent. L’école classique inclut déjà des cours d’art plastique et des cours de technologie, qui sont de temps en temps manuels, étendons l’offre à des cours de poterie, de travail du bois, de couture, de mécanique, de sculpture, de construction… Nul besoin de tout avoir, mais une offre diverses permettra aux membres d’un école d’avoir des aptitudes plus complètes. On peut recruter du personnel compétent en la matière, mais à défaut chaque école doit sonder les aptitudes des familles et de la communauté autour de l’école, et ainsi leur proposer de venir les enseigner pendant le temps scolaire. L’idéal est évidemment d’avoir des cours sur la durée, mais lorsque cela n’est pas possible, un ensemble d’ateliers ponctuels tout au long de l’année accomplira déjà un grand développement manuel des élèves et des adultes présents à l’école.


Enfin, notons que le budget peut être mis dans les compétences manuelles : nous recrutons bien des profs de maths et d’histoire, pourquoi pas des profs de poterie ? Nous recrutons bien des profs d’art plastique, alors pourquoi pas des profs de mécanique ? Plutôt qu’envisager une année entière d’art plastique au collège, nous pourrions avoir un trimestre d’art plastique et deux trimestres de deux autres compétences manuelles. On peut le faire en incluant la communauté locale contre rémunération (les entreprises, les artisans, les artistes, les auto-entrepreneurs…) ou en recrutant des professeurs titulaires et en organisant une rotation des enseignants par trimestre. Une autre solution est tout simplement de financer la formation des professeurs déjà recrutés.


Pour finir, je veux souligner que certaines écoles indépendantes de France parviennent à faire cela, par exemple les écoles Steiner-Waldorf, alors qu’elles opèrent avec des budgets souvent au moins deux fois plus petits que ceux de l’éducation nationale. N’est-ce pas là une preuve que toutes les écoles de France peuvent inclure les compétences manuelles bien davantage sans avoir à augmenter leur budget ?


Baptiste Delvallé

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