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École complète #1 : avant-propos



Je m’embarque dans l’écriture de ce livre après un projet d’ouverture avorté d’une école d’un genre nouveau en France. Projet avorté parce qu’avant même d’être autorisé à ouvrir, il a été interdit par les agents de l’éducation nationale, apeurés par la nouveauté. Projet avorté parce que la guerre qu’on commençait à nous mener, à moi et ma famille, à cause de ce projet, détruisait l’harmonie et la joie de ma famille.


Comme tout projet avorté, il a été terminé trop tôt. Avant que celui-ci n’ait pu aboutir et avant qu’il ne puisse porter des fruits si impressionnants que les avorteurs mêmes en auraient vu l’intérêt. Alors j’écris ce livre pour que le projet continue à vivre et à grandir. Pour vous proposer, à vous, de le porter ou d’en tirer des idées pour votre propre projet similaire ou pour votre profession. Ou pour votre famille. Ou bien encore tout simplement pour vous inspirer, pour ouvrir votre esprit, et pour voir que le statut quo n’est qu’une option parmi tant d’autres et que tant de ces autres options sont meilleures que le statut quo.


Ce projet, c’était le projet d’une école maternelle et primaire en immersion totale en anglais. Nous l’avions appelée “École IA”, le “IA” étant l’abréviation de “Immersion en Anglais”. Le concept est simple : toute l’école, que ce soit les maths, l’histoire-géographie, les sciences ou n’importe quelle autre matière, se passe en anglais. Lorsque vous pénétrez dans l’école, vous entrez dans un monde anglophone à part entière, et cela en France. L’intérêt ? Les enfants, issus des familles francophones (ou multilingues, mais pas anglophones monolingues) apprennent ainsi à parler anglais couramment avec une profondeur d’acquisition similaire à celle des enfants bilingues natifs : les contextes familiaux et ailleurs à l’extérieur de l’école confèrent à l’enfant l’acquisition du français (voire d’autres langues en plus si la famille est déjà multilingue) et le contexte scolaire confère à l’enfant l’acquisition de l’anglais. Le fonctionnement est similaire à celui du monde multilingue dans lequel évoluent certains enfants dont un parent parle un langue et l’autre une autre langue, ou alors d’enfants dont les deux parents parlent français à la maison mais les grands-parents (ou une autre figure d’attachement vue très fréquemment par l’enfant) parlent une autre langue. À l’école IA, pour assurer l’acquisition du français y compris à l’écrit, dans le français littéraire et dans tous les autres domaines langagiers moins utilisés dans la vie de tous les jours, les élèves auraient bénéficié de deux heures de français par semaine à partir du CE1, des cours donc entièrement de langue française. L’école IA promettait donc un équilibre optimal pour une acquisition niveau natal de l’anglais ET du français.


J’aimerais avoir la prétention de dire que j’ai eu le génie de penser à cette configuration linguistique scolaire, mais non. Je l’ai découverte lorsqu’à 20 ans je suis parti enseigner pendant un an dans une école en immersion totale en français au Minnesota, aux Etats-Unis. Là-bas, des enfants tous américains, avec l’anglais comme langue natale, faisaient leur scolarité dans une école publique où tout se passait en français. Les enseignants parlaient français 100% du temps et avaient tous des enseignants-assistants (dont je faisais partie) venus de France. L’exception était, comme à l’École IA, deux heures hebdomadaires de cours d’anglais. J’y enseignais au CE2 ainsi qu’au CP un jour par semaine. Tout de suite, j’ai été impressionné par le concept : arrivés au CE2, mes élèves parlaient français quasiment comme des français (bien que souvent avec un accent) et ils maîtrisaient en plus parfaitement l’anglais (ce que je savais de deux façons : d’une part parce que nous les enseignants-assistants fréquentions un bon nombre des élèves à l’extérieur de l’école, et d’autres part et surtout parce que les élèves de notre école obtenaient des résultats aux tests standardisés de langue anglaise parmi les meilleurs de tout l’état, donc bien devant quasiment toutes les autres écoles de l’état, qui elles, étaient en anglais !).


Par la suite, j’ai pu constater que le système de l’immersion linguistique totale à l’école était déjà très répandu et bien rôdé en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde. En Amérique du Nord, c’est le Canada qui, après la seconde guerre mondiale, a lancé le mouvement. Voulant remédier au fait qu’une partie de sa population ne parle pas la langue de l’autre et vice versa, décida d’ouvrir des écoles en immersion totale en anglais au Québec et dans les parties francophones de l’Ontario, et des écoles en immersion totale en français dans le reste du pays (anglophone). Les Etats-Unis s’en sont vite inspiré par envie de promouvoir le multilinguisme tout simplement, même sans pertinence locale de la langue en question. Le Minnesota et l’Utah sont pionniers et en avance, avec des écoles en immersion totale en français, en espagnol, en allemand, en chinois… Les autres états ont souvent aussi des écoles en immersion çà et là. Depuis, les écoles en immersion totales on pu être bien perfectionnées, étudiées, expérimentées. Grâce aux études académiques sur le sujet et aux expériences très nombreuses des enseignants et des familles, nous savons aujourd’hui que les écoles en immersion totale bien organisées permettent aux élèves d’avoir une maîtrise excellente de la langue cible (celle de l’école) et de leur propre langue natale, mais aussi que les élèves de ces écoles ont des avantages cognitifs évidents : ils ont souvent un meilleur esprit d’analyse, un meilleur sens de la logique, plus de créativité, une plus grande rapidité, une meilleure organisation mentale et une meilleure compréhension des systèmes, et bien entendu une meilleure ouverture d’esprit… et tout cela en écartant le plus possible de biais socio-économiques (notez par exemple que beaucoup d’écoles en immersion totale aux Etats-Unis et au Canada sont des écoles publiques). Pour ma part, j’ai observé le génie de l’immersion linguistique totale ou quasi-totale plus tard dans ma carrière d’enseignant, ailleurs aux Etats-Unis puis en Asie du Sud Est dans les écoles internationales.

L’école IA, qui mettait donc en avant l’acquisition du bilinguisme grâce au système de l’immersion linguistique totale, était une nouveauté en France mais se basait sur une idée bien établie ailleurs à l’étranger et dans laquelle j’avais beaucoup d’expérience. Mais l’école IA, c’était aussi tout un ensemble pédagogique basé sur mon expérience d’enseignant et celle de mon épouse, qui était cofondatrice de l’école avec moi. En fait, l’immersion linguistique totale n’était que la cerise sur le gâteau, mais le gâteau, c’était tout le reste. Mon épouse et moi sommes enseignants depuis une dizaine d’années, aux Etats-Unis et en Asie et un peu en France. Elle est américaine, moi français. Depuis le début de nos carrières respectives, nous avons élaboré dans nos têtes un modèle d’école idéale. “Idéale selon nous, à vous de juger”, comme nous disions. Nous y avons mis le meilleurs de ce que nous avons trouvé çà et là, et avons laissé ou changé le reste. L’immersion linguistique totale, nous l’avions mise en avant parce que c’était une nouveauté unique en France (celle-ci existant déjà dans des écoles internationales en France ou dans des écoles en langues régionales, mais pas dans une langue étrangère dans une école à destination des français). Et puis, nous l’avions aussi mise en avant avec l’espoir de donner de la crédibilité à notre projet d’école, notamment auprès de l’inquisiteur de l’éducation : le rectorat, suppôt du ministère de l’éducation nationale. Cela s’est en fait violemment retourné contre nous.


Dans ce livre, je veux vous expliquer l’immersion linguistique totale plus en détails, mais surtout je veux vous parler de tout le reste de la pédagogie de l’école IA : la pédagogie par le jeu, la pédagogie par l’exploration, la pédagogie du possible, la pédagogie de projets, la pédagogie de passage à l’action, et bien plus. Car en fait, l’école IA aurait très bien pu ouvrir en français, en étant également excellente et innovante, simplement sans avoir sa cerise sur le gâteau. Je vous invite donc à me suivre au fil des pages de ce livre pour découvrir de nouvelles idées en pédagogie, pour vous ouvrir l’esprit, pour vous inspirer en tant qu’enseignant, qu’autre accompagnant d’enfants ou en tant que parent, ou même pour les mettre en place au sein de votre groupe, de votre classe, de votre structure ou, qui sait, pour ouvrir votre propre version de l’école IA.

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