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Notre tendance naturelle à dominer nos enfants


Nous, les humains, nous sommes des prédateurs. Et pas n’importe-quels prédateurs, mais ceux qui sont parvenus en haut de la chaîne alimentaire. Aussi, des prédateurs qui vivent en société, un peu de la même manière que les loups vivent en meutes. Avec ce constat, pas étonnant qu’un de nos instincts de base soient de dominer les autres : nous avons besoin de montrer notre force ou de nous soumettre à celle des autres, d’en user pour nous défendre et nous imposer ou de suivre un plus dominant et dominer les plus faibles que nous, et ainsi survivre dans le monde et au sein du groupe.


Pensez par exemple à un patron qui a une idée en tête pour l’entreprise, elle implique de faire travailler les employés 5 minutes de plus avant la pause déjeuner. Il commence à la mettre en place mais ce n’est pas aux goûts de tous. Certains montent au créneau et annoncent haut et fort que ce n’est pas dans leur contrat et qu’ils ne le feront pas : ils essaient de dominer le patron pour ne pas s’y soumettre. D’autres suivront alors ceux-là, sentant que leur force de domination est suffisante pour alors dominer le patron. D’autres, à l’inverse, se soumettront au patron, pensant que sa force de domination est trop forte. Le patron, s’il est mal équipé, décidera à son tour de dominer pour imposer sa solution.


Il en va de même dans toute les relations humaines, y compris celles qui impliquent de l’amour, et donc y compris dans la relation parent-enfant… en tout cas lorsque nous sommes mal équipés et que nous nous tournons vers nos tendances naturelles. Prenez les situations suivantes, elles impliquent toute de la domination du parent vers l’enfant :

  • Un enfant refuse de coopérer, le parent hausse la voix et donne un ordre —> la voix haussée a l’intention de faire peur et avec l’ordre, elle dit “c’est comme ça et pas autrement”

  • Un parent utilise le mot “obéir” avec ses enfants —> par définition, ce mot attend de l’enfant qu’il se soumette au parent, qui domine

  • Un parent dit “c’est moi qui décide”, “c’est moi qui commande” ou “c’est moi le chef” —> ces phrases ont pour but d’imposer le parent comme le mâle dominant ou la femelle dominante du groupe

  • Un parent dit “je vais me fâcher” —> la menace montre que le parent a une force supérieure à celle de l’enfant et le prévient qu’il peut en user à tout moment

  • Un parent attrape l’enfant par les épaules pour l’empêcher de partir quand il lui parle —> c’est une démonstration de force physique qui rappelle à l’enfant que le parent est plus fort, dans le but de lui rappeler d’obéir



Ces situations vous rappelle-t-elle votre vie de famille ? Probablement, car même les parents les mieux équipés sont parfois fatigués, exaspérés, dépassés et retournent à leurs tendances dominatrices. Non pas que les intentions dominatrices soient conscientes ! La plupart des parents ont bien sûr les meilleurs intentions envers leurs enfants, mais lorsque nous perdons patience ou nous sentons menacés dans notre situation de personne en contrôle de la situation ou de personne qu’on laisse tranquille, nous voulons rétablir l’ordre qui nous convient, quitte à passer par la domination.


À moins de maîtriser des outils pour garder patience, calme, et harmonie… et surtout pour aider l’enfant à grandir ! Et s’aider soi-même à en faire autant. En effet, si nous avons tous cherché à dominer à des moments dans notre vie, nous avons aussi tous fait l’expérience d’autres personnes qui cherchaient à nous dominer, et nous savons que ça ne donne pas de très bons résultats. Bien entendu, le résultat primaire de la domination est souvent accompli : ramener le calme, faire cesser un comportement, obliger la personne à suivre… Mais le résultat primaire de l’intention parentale, lui n’est pas atteint : celui d’apprendre à l’enfant à respecter le travail des autres ou l’espace personnel d’autrui, celui de faire comprendre à l’enfant l’importance de partir tout de suite ou d’être à l’heure, celui de faire comprendre à l’enfant les effets négatifs de ses actions sur mes émotions ou celui de lui faire réaliser mes besoins… L’enfant dominé se sent écrasé mais n’est ni à l’écoute ni ouvert à mettre en place une solution durable qui convient à tous.


Reprenons l’exemple de l’entreprise cité plus haut, si vous êtes l’employé qui se soumet au patron parce que celui-ci a décrété que vous travailleriez 5 minutes de plus, vous ne comprenez pas pour autant pourquoi cela est si nécessaire, n’avait pas eu votre mot à dire et vous sentez donc bafoué ou écrasé, et ne voyez en plus toujours pas l’intérêt de mettre en place cette nouveauté pour l’entreprise. Si vous êtes le patron et que des employés réfractaires tentent de vous dominer en rappelant à chaque réunion qu’ils ne travailleront pas 5 minutes de plus et en quittant le travail effectivement à l’ancienne heure, vous vous sentez mal entendu, mal compris, mal considéré et avez vraiment l’impression que vous êtes le seul qui se soucie du bien-être de l’entreprise. Enfin, si vous êtes les employés réfractaires et que le patron parvient, par menaces et colères à vous faire quand même travailler 5 minutes de plus chaque jour, vous n’avez pas pour autant compris l’intérêt de le faire, vous êtes amer et emmagasinez de la colère, et en plus vous serez probablement peu productif pendant les 5 minutes en question.


Le même genre d’émotions et de pensées se produisent à chaque fois que nous dominons nos enfants, même si cela est “pour leur bien”. En être conscient est donc la première étape d’une relation harmonieuse entre parents et enfants et surtout d’une relation constructive pour le développement personnel et interpersonnel de l’enfant (et le vôtre !). Et cela ne veut surtout pas dire qu’il faut que ça soit vous qui vous soumettiez à la domination de votre enfant ! Une relation harmonieuse et constructive est une relation dans laquelle ni l’enfant ni le parent ne sont dans la domination ni la soumission, mais à la place une relation dans laquelle enfants et parents sont en coopération.


Les situations suivantes sont des exemples de domination de l’enfant :

  • Un enfant veut du chocolat, le parent refuse, alors l’enfant continue à demander du chocolat sans s’arrêter —> l’intention est d’épuiser l’ennemi jusqu’à ce qu’il concède

  • Un enfant veut que le parent joue avec lui, le parent est occupé et dit non, l’enfant parle de plus en plus fort et s’accroche à son parent pour continuer de lui demander de jouer avec lui —> l’enfant montre qu’il persévérera jusqu’à se qu’on accepte sa requête

  • Un enfant veut parler avec son parent, qui est occupé à parler avec un autre adulte, l’enfant fait du bruit en jouant tout seul, en chantant, en faisant le pitre, assez fort pour couvrir la conversation des adultes —> l’enfant domine l’espace de parole pour qu’on lui accorde ce qu’il veut



La domination de l’enfant est néfaste pour les parents, évidemment, mais aussi pour l’enfant. Elle lui apprend qu’on obtient en dominant, qu’il y a des gagnants et des perdants, et que pour gagner il faut dominer. Au contraire, les parents bien équipés qui ne dominent pas et ne se laissent pas dominer apprennent à leurs enfants la coopération, l’attention aux besoins des autres et le respects de leurs limites, et une attitude de construction de l’harmonie du groupe et de création de solutions. J’expliquerai dans de futurs posts certains outils parentaux, certaines techniques que les parents peuvent mettre en place pour se débarrasser de la domination et arriver à ces fins. Je les enseigne également dans mes ateliers, stages et formations en parentalité. En attendant, vous pouvez d’ores et déjà faire l’exercice suivant :

1- Tout au long de votre journée, remarquez les moments pendant lesquels vous avez dominé votre enfant

2- Identifiez l’état dans lequel vous vous trouviez qui a fait que vous vous êtes senti obligé de dominer (épuisement, panique, peur, envahi, attaqué, triste, rabaissé…)

3- Identifiez le besoin que vous ressentiez et qui n’était pas respecté (besoin d’un moment pour vous, de calme, d’un espace rangé…) ou la peur qui a causé votre réaction (peur que vos objets soient cassés, peur qu’un autre soit blessé…)

4- Pardonnez vous car nous faisons tous des erreurs

5- Réfléchissez à une autre façon d’interagir avec votre enfant sans domination, d’égal à égal



Baptiste Delvallé

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